L'eau qui circule dans les tuyaux se comporte de la même manière
qu'un signal électrique. Sa vitesse change en permanence comme
l'intensité d'un courant électrique. Si on prend la courbe
ci-dessous représentant le débit dans le temps, on pourrait
aussi bien penser à la mesure d'un courant électrique qu'à
celle du débit de l'eau.
Exemple d'une courbe de variation du débit de l'eau dans un
tuyau
Un compteur d'eau est un appareil qui mesure soit des débits,
soit des volumes en fonction des débits. C'est pourquoi tout compteur
a une courbe d'erreur de mesure qui dépend des débits.
Exemple de courbe d'erreur de mesure d'un compteur d'eau (en jaune)
dans un canal de tolérance réglementaire (en bleu)
La courbe d'erreur du compteur, en jaune, peut se comprendre ainsi :
- au-delà d'un débit maximum et en-dessous d'un débit
minimum, le compteur est incapable de mesurer ce qui le traverse,
- entre ces deux débits extrêmes, le compteur décrit
ce qui le traverse en faisant des erreurs de mesure.
En théorie du signal, cette courbe s'appelle la courbe de réponse
du filtre. Dans le cas des compteurs d'eau, ce type de filtre est un filtre
passe-bande : il ne permet de voir que des signaux qui sont compris entre
deux débits (ou fréquences).
Pour plus d'informations sur la métrologie des compteurs d'eau,
se référer à la rubrique "Rappels métrologiques sur les compteurs d'eau".
2.1 / Le mauvais choix initial :
Certaines régies d'eau sélectionnent les compteurs en fonction
du diamètre du tuyau installé. Ce diamètre avait
été déterminé il y a plusieurs décennies.
Mais aujourd'hui, ils sont très surdimensionnés par rapport
aux débits des consommations réelles. Les compteurs filtrent
donc tout ce qui concerne les bas débits. Ce qui représente
souvent plus de 10% de la consommation totale.
D'autres régies ont établi des grilles de choix qui ont
pour paramètre le nombre d'appartements (dans le cas d'un immeuble
d'habitation), le nombre de lits (pour les hôpitaux), le nombre
de chambres (pour les hôtels)... Ces grilles ont été
élaborées il y a plusieurs années et n'indiquent
pas la classe métrologique. Elles étaient tout à
fait adaptées lors de leur création : toutefois, les modes
de consommation et les types de compteurs ont changé entre temps.
On peut mentionner, entre autres, l'influence de quelques éléments
qui ont affecté ces grilles dans le temps :
- l'apparition d'appareils électro-ménagers économes
en eau,
- la hausse, parfois spectaculaire, des tarifs,
- les campagnes de sensibilisation,
- les programmes de rénovation de l'habitat...
En outre, à moins d'étudier les consommations de manière
plus systématique, rien ne garantit que le seul critère
de choix soit le nombre d'appartements, de lits ou de chambres. Il est
fréquent de découvrir que d'autres critères modifient
sensiblement le type de compteur, tels la catégorie socio-professionnelle,
la pression du réseau ou le type de chauffage ou de production
d'eau chaude...
La solution est l'analyse
des consommations réelles.
Il faut les mesurer, les interpréter et, dans le cas des clients
résidentiels, les extrapoler pour des populations de consommateurs.
2.2 / La méconnaissance du vieillissement des compteurs
Un compteur est en interaction constante avec le milieu dans lequel il
est installé. Le temps aidant, les conditions de fonctionnement
(variation de pression, calcaire, température, particules...) vont
affecter sa précision.
Quand la perte de précision des compteurs n'est pas connu, il
est très difficile d'estimer le rendement actuel des compteurs
installés (le rendement s'entend comme l'efficacité de la
mesure d'un compteur par rapport aux débits réels rencontrés).
En outre, le renouvellement des compteurs se base alors sur des règles
plus ou moins sommaires.
Ainsi, ces règles ne considèrent, en général,
qu'un seul paramètre de gestion : l'âge du compteur. Or,
tout expert sait que les sur-consommations réduisent la durée
de vie d'un compteur. De même, en fonction des sites, un même
compteur peut perdre plus rapidement sa précision sur un site que
sur un autre.
La solution varie
selon la quantité d'informations disponible :
- Pour des compteurs résidentiels, l'analyse est
statistique,
puisque que l'on peut facilement extraire des compteurs du terrain pour
les tester sur un banc de test, afin de trouver les lois de vieillissement
et la perte de rendement.
- Pour les compteurs de production, de sectorisation, des clients
industriels et commerciaux, l'analyse est faite de manière
individuelle,
car il est beaucoup plus difficile de retirer les compteurs. Il faut
les analyser directement sur les installations.
2.3 / Les mauvaises conditions d'installation
Les conditions d'installation sont absolument cruciales. Mettre un compteur
en haut d'un tuyau en U, où l'air aura tendance à stagner,
peut modifier entièrement la mesure. Installer dans une position
verticale un compteur conçu pour une position horizontale peut
faire perdre 50% de facturation. Ne pas respecter les longueurs droites
avant certains types de compteurs dégrade fortement leur comptage.
Ces mauvaises installations ne sont décelables que par une visite
sur place. Un compteur qui sous-compte, parce qu'installé de travers,
retrouvera sa courbe de précision d'origine dès que les
règles de l'art seront de nouveau appliquées (comme sur
un banc de test).
La solution est d'avoir
des procédures d'installation précises, des équipes
formées à ces procédures et, dans certains cas,
comme pour les compteurs résidentiels de pied d'immeuble, d'avoir
des kits d'installation.
La première des conséquences concerne l'évaluation
de l'efficacité de l'équipe en place. L'un des indicateurs
les plus importants est le rendement du réseau. Autant un
sous-comptage au niveau de la production peut améliorer cet indicateur,
autant un sous-comptage sur la facturation diminue sa valeur.
Les erreurs de comptage sur les compteurs de production, de sectorisation
et de facturation entravent l'efficacité de la recherche de
fuites. Des fuites fictives, uniquement dûes à du sous-comptage
sur les compteurs de sectorisation, apparaissent. D'autres fuites, bien
réelles, passent inaperçues.
Au niveau des compteurs de facturation, le sous-comptage se traduit immédiatement
en pertes financières. Ces rentrées manquantes handicapent
la régie dans sa gestion et dans son développement.
A l'opposé, la méconnaissance des lois du vieillissement
des compteurs résidentiels poussent les exploitants à appliquer
des politiques de renouvellement de compteurs non individualisées
qui sont soit trop conservatrices, donc trop dépensières
(changement des compteurs résidentiels tous les 5 ans), soit trop
laxistes, donc génératrices de pertes financières
importantes (changement des compteurs résidentiels tous les 20
ans).
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