L'expertise du comptage de l'eau 
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1/ Un compteur ne voit pas tout, c'est un filtre

L'eau qui circule dans les tuyaux se comporte de la même manière qu'un signal électrique. Sa vitesse change en permanence comme l'intensité d'un courant électrique. Si on prend la courbe ci-dessous représentant le débit dans le temps, on pourrait aussi bien penser à la mesure d'un courant électrique qu'à celle du débit de l'eau.
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Exemple d'une courbe de variation du débit de l'eau dans un tuyau

Un compteur d'eau est un appareil qui mesure soit des débits, soit des volumes en fonction des débits. C'est pourquoi tout compteur a une courbe d'erreur de mesure qui dépend des débits.

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Exemple de courbe d'erreur de mesure d'un compteur d'eau (en jaune) dans un canal de tolérance réglementaire (en bleu)

La courbe d'erreur du compteur, en jaune, peut se comprendre ainsi :

  • au-delà d'un débit maximum et en-dessous d'un débit minimum, le compteur est incapable de mesurer ce qui le traverse,
  • entre ces deux débits extrêmes, le compteur décrit ce qui le traverse en faisant des erreurs de mesure.

En théorie du signal, cette courbe s'appelle la courbe de réponse du filtre. Dans le cas des compteurs d'eau, ce type de filtre est un filtre passe-bande : il ne permet de voir que des signaux qui sont compris entre deux débits (ou fréquences).

Pour plus d'informations sur la métrologie des compteurs d'eau, se référer à la rubrique "Rappels métrologiques sur les compteurs d'eau".



2/ Les trois erreurs qui génèrent du sous-comptage

2.1 / Le mauvais choix initial :

Certaines régies d'eau sélectionnent les compteurs en fonction du diamètre du tuyau installé. Ce diamètre avait été déterminé il y a plusieurs décennies. Mais aujourd'hui, ils sont très surdimensionnés par rapport aux débits des consommations réelles. Les compteurs filtrent donc tout ce qui concerne les bas débits. Ce qui représente souvent plus de 10% de la consommation totale.

D'autres régies ont établi des grilles de choix qui ont pour paramètre le nombre d'appartements (dans le cas d'un immeuble d'habitation), le nombre de lits (pour les hôpitaux), le nombre de chambres (pour les hôtels)... Ces grilles ont été élaborées il y a plusieurs années et n'indiquent pas la classe métrologique. Elles étaient tout à fait adaptées lors de leur création : toutefois, les modes de consommation et les types de compteurs ont changé entre temps.

On peut mentionner, entre autres, l'influence de quelques éléments qui ont affecté ces grilles dans le temps :
- l'apparition d'appareils électro-ménagers économes en eau,
- la hausse, parfois spectaculaire, des tarifs,
- les campagnes de sensibilisation,
- les programmes de rénovation de l'habitat...

En outre, à moins d'étudier les consommations de manière plus systématique, rien ne garantit que le seul critère de choix soit le nombre d'appartements, de lits ou de chambres. Il est fréquent de découvrir que d'autres critères modifient sensiblement le type de compteur, tels la catégorie socio-professionnelle, la pression du réseau ou le type de chauffage ou de production d'eau chaude...

 La solution est l'analyse des consommations réelles.
Il faut les mesurer, les interpréter et, dans le cas des clients résidentiels, les extrapoler pour des populations de consommateurs.


2.2 / La méconnaissance du vieillissement des compteurs

Un compteur est en interaction constante avec le milieu dans lequel il est installé. Le temps aidant, les conditions de fonctionnement (variation de pression, calcaire, température, particules...) vont affecter sa précision.

Quand la perte de précision des compteurs n'est pas connu, il est très difficile d'estimer le rendement actuel des compteurs installés (le rendement s'entend comme l'efficacité de la mesure d'un compteur par rapport aux débits réels rencontrés).

En outre, le renouvellement des compteurs se base alors sur des règles plus ou moins sommaires.
Ainsi, ces règles ne considèrent, en général, qu'un seul paramètre de gestion : l'âge du compteur. Or, tout expert sait que les sur-consommations réduisent la durée de vie d'un compteur. De même, en fonction des sites, un même compteur peut perdre plus rapidement sa précision sur un site que sur un autre.

 La solution varie selon la quantité d'informations disponible :

  • Pour des compteurs résidentiels, l'analyse est statistique, puisque que l'on peut facilement extraire des compteurs du terrain pour les tester sur un banc de test, afin de trouver les lois de vieillissement et la perte de rendement.
  • Pour les compteurs de production, de sectorisation, des clients industriels et commerciaux, l'analyse est faite de manière individuelle, car il est beaucoup plus difficile de retirer les compteurs. Il faut les analyser directement sur les installations.


2.3 / Les mauvaises conditions d'installation

Les conditions d'installation sont absolument cruciales. Mettre un compteur en haut d'un tuyau en U, où l'air aura tendance à stagner, peut modifier entièrement la mesure. Installer dans une position verticale un compteur conçu pour une position horizontale peut faire perdre 50% de facturation. Ne pas respecter les longueurs droites avant certains types de compteurs dégrade fortement leur comptage.
Ces mauvaises installations ne sont décelables que par une visite sur place. Un compteur qui sous-compte, parce qu'installé de travers, retrouvera sa courbe de précision d'origine dès que les règles de l'art seront de nouveau appliquées (comme sur un banc de test).

 La solution est d'avoir des procédures d'installation précises, des équipes formées à ces procédures et, dans certains cas, comme pour les compteurs résidentiels de pied d'immeuble, d'avoir des kits d'installation.



3/ Les conséquences du sous-comptage

La première des conséquences concerne l'évaluation de l'efficacité de l'équipe en place. L'un des indicateurs les plus importants est le rendement du réseau. Autant un sous-comptage au niveau de la production peut améliorer cet indicateur, autant un sous-comptage sur la facturation diminue sa valeur.

Les erreurs de comptage sur les compteurs de production, de sectorisation et de facturation entravent l'efficacité de la recherche de fuites. Des fuites fictives, uniquement dûes à du sous-comptage sur les compteurs de sectorisation, apparaissent. D'autres fuites, bien réelles, passent inaperçues.

Au niveau des compteurs de facturation, le sous-comptage se traduit immédiatement en pertes financières. Ces rentrées manquantes handicapent la régie dans sa gestion et dans son développement.

A l'opposé, la méconnaissance des lois du vieillissement des compteurs résidentiels poussent les exploitants à appliquer des politiques de renouvellement de compteurs non individualisées qui sont soit trop conservatrices, donc trop dépensières (changement des compteurs résidentiels tous les 5 ans), soit trop laxistes, donc génératrices de pertes financières importantes (changement des compteurs résidentiels tous les 20 ans).

   
  Liste des thèmes :
  Garantir la précision du comptage
  L'analyse des consommations réelles
  Gestion du parc de compteurs résidentiels
  Gestion du parc de compteurs non résidentiels
  Rappels métrologiques sur les compteurs d'eau
 
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